Psyché & Pixel par Evelyne Badin, coach – mentor


L’invalidité conforme à la pauvreté : quand le système punit l’audace de renaître

Le discours contemporain ne tarit pas d’éloges sur la figure du « résilient ». Dans les médias comme dans les entreprises, la résilience s’affiche comme la vertu cardinale de notre époque. Les invitations à transformer chaque épreuve en opportunité et chaque cicatrice en levier de croissance foisonnent.

Pourtant, il demeure un pan de la société pour lequel la résilience semble interdite, ou du moins strictement encadrée : celui des personnes placées en invalidité suite à un accident de santé, pour qui le retour à l’activité professionnelle antérieure devient un horizon inatteignable.

Pour ces victimes de la vie, les injonctions à la renaissance se heurtent à la réalité d’une administration dont l’exclusion ressentie se veut bienveillante. La résilience reste alors cantonnée au domaine médical et aux soins. Dès lors que la société appose l’étiquette d’« invalide », la marge de manœuvre s’étiole et l’avenir finit par ressembler à un couloir étroit.

Entreprendre : l’aube d’une résilience contre la vacuité de l’invalidité

Certaines personnes, au cœur du séisme d’un cancer — et les proches aidants partagent souvent ce ressenti —, éprouvent le besoin vital de retrouver une place au sein de la cité.

La réalité du marché de l’emploi salarial oriente pourtant davantage ces parcours vers les statistiques de France Travail que vers les effectifs des entreprises. Retrouver une activité choisie permet d’initier un véritable travail de reconstruction.

L’expérience montre que l’émergence de ce désir de rebond gagne à se manifester dès que l’esprit trouve un interstice hors de la sphère médicale. Les traitements et leurs effets secondaires s’épanouissent volontiers dans l’immobilité ; ainsi, saisir chaque instant de répit pour cultiver un projet autre que la maladie enrichit les perspectives.

Intelligence émotionnelle : Gestion des émotions pour vous et votre entourage

Maintenir une activité intellectuelle et sociale agit comme un rempart contre la perte cognitive, le sentiment d’isolement ou l’altération de l’estime de soi.

L’invalidité ne saurait être synonyme de fin de vie sociale.

Lorsqu’un instant de clarté permet de se projeter, l’envie de demeurer productif et présent au monde surgit naturellement.

  • Qu’y a-t-il de mal à cela ?
  • Qu’y a-t-il de pire que ces regards de pitié fataliste rappelant le classement dans la catégorie des invalides ?
  • Sommes-nous déjà condamnés à l’effacement ?

Entreprendre pour soutenir la guérison, la rémission, la vie

La création d’une activité, même modeste, neutralise les sentiments de solitude et d’inutilité.

Entreprendre quelque chose redonne du sens au temps qui passe. Si la valeur sur le marché du travail décroît au fil des mois d’absence, la valeur intrinsèque de l’individu ne faiblit pas.

Bien au contraire. Malgré les discours sur la bienveillance en entreprise, le retour au bureau ressemble parfois à une humiliation feutrée.

Accepter que les revenus soient gelés et que le statut d’inutile devienne définitif revient à accepter une forme de mort sociale par anticipation.

Quand l’invalidité devient une cage

  • Ne peut-on donc rien construire quand la maladie nous stoppe dans notre élan ?
  • Ne peut-on rien créer quand la maladie nous laisse un répit ?

Entre deux séjours à l’hôpital, si le corps le permet et si l’envie est présente, l’aspiration à demeurer utile et reconnu mérite d’être entendue.

Doit-on accepter de vivre tel un mort en substance parce qu’à un moment, la santé nous a fait défaut ?

Homme athlétique, en costume de héros (Aquaman/super-héros), brandissant un trident et symbolisant l'Empowerment, l'expression de ses talents et sa personnalité, un concept clé du coaching d'Évelyne Badin.

Un invalide est invalide tout le temps mais l’esprit, lui, demeure intact

La maladie laisse parfois la place à la vie.

Ces jours-là, la profondeur du vide et l’étendue de l’isolement se font encore plus criants. La solitude hurlante du maintien hors de la société blesse autant que les symptômes.

Lorsque l’on refuse d’être un fardeau, on ne devrait pas avoir pour seule option de devenir un fantôme pesant, considéré comme un poids car vivant de la solidarité nationale sans pouvoir rien produire en retour.

Les chiffres du Ministère (DREES, étude 1034) sont sans appel : la maladie précarise avant de paralyser. C’est ce constat, corrélé au verrou de l’Article R341-17 qui rend la création d’une SASU adaptée indispensable.

L’invalidité de catégorie 2 reconnaît l’impossibilité de suivre le rythme effréné du salariat classique.

Si le système autorise la création d’entreprise, il impose une règle de fer : le cumul de la pension et des revenus professionnels ne doit pas dépasser le salaire de compensation, sous peine de voir sa pension suspendue.

N’est-ce pas une forme de discrimination que de refuser à l’invalide le droit d’améliorer sa qualité de vie par ses propres moyens et de participer à l’effort collectif ?

Le handicap freine l’activité mais condamner à l’inactivité professionnelle nuit gravement au moral.

Quand le statu quo est la seule perspective

L’invalidité conforme à la pauvreté

Au moment où l’énergie de transformer l’épreuve en projet renaît — ce moment de la résilience stratégique —, le filet de sécurité prend les traits d’une cage.

En choisissant l’indépendance pour travailler ses forces et selon ses forces, on risque sa sécurité de santé. Ce n’est sans doute pas une volonté de nuire des institutions, mais plutôt une incapacité à concevoir le « pas de côté ». On aboutit à une invalidité conforme où la pauvreté devient le badge de contrôle du statut de malade.

Quand l’invalidité est conforme à la pauvreté.

Le gâchis économique est immense. Le système semble préférer financer un statu quo plutôt que de soutenir l’audace.

Pourtant, verser ces indemnités, fruit des cotisations sociales pour lesquelles nous avons tous contribué, est un juste retour de la solidarité nationale. Ceux qui en bénéficient ne sont pas des assistés mais des personnes empêchées dans leur élan professionnel.

  • A-t-on encore le droit d’exister et de mener une vie enrichissante malgré la maladie ?
  • Ne pourrions-nous pas, nous aussi, avoir le droit de léguer quelque chose à nos enfants et à la société ?
  • Ne pourrions-nous imaginer un statut d’entreprise spécifique : une SASU sous régime d’invalidité ? Invalide ne signifie pas encore « mort ».

Pour y répondre, nous pourrions concevoir une structure juridique permettant de reprendre une place dans la cité et de contribuer quand la maladie donne du répit. Dans ce modèle, l’entrepreneur ne dépasserait pas son plafond de revenus autorisés, mais il aurait la possibilité de créer plus de richesses que dans son activité antérieure.

Le surplus pourrait alors alimenter une assurance-vie, un capital retraite ou décès, une protection pour ses ayants droit ou un fonds de mécénat, plutôt que de sanctionner la pension d’invalidité.

L’entrepreneur ne serait taxé que pour les mois d’activité réelle ; cet entrepreneuriat par intermittence pour cause de santé préserverait les intérêts de tous les acteurs.

Il s’agit de permettre à la résilience d’exister. Il s’agit de permettre à l’audace de celles et ceux qui le peuvent encore de ne plus être un danger pour leur propre sécurité, mais une seconde chance de se sentir vivants et utiles.

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